odessa

 La situation en Crimée, suscite intérêts et convoitises. Cependant les informations diffusées sur nos grands médias nationaux manquent de clarté.

Il n'en fallait pas plus pour prendre un billet d'avion. Avec deux amis, nous décidons de nous rendre à Simferopol. Nous voulons comprendre sur place ce qui se passe vraiment. Nous sous-estimions la rapidité des russes. Le rattachement de la Crimée à la fédération des républiques de Russie, en moins d'un mois, nous contraint, deux jours avant notre départ, à un visa pour la Crimée. Certains pays vous délivrent ce sésame en 24h. La Russie demande une semaine. Nous devons reporter notre voyage. Après quelques heures de réflexions, réalisant que d'autres régions d'Ukraine pourraient prendre la même voie, nous décidons de nous rendre à Odessa.

La situation des derniers jours et la saison sont à l'origine de la faiblesse du nombre de touristes. Cela nous épargne les tracasseries annoncées dans les guides aux voyageurs.

L'accueil que nous reçevons à l'alliance française d'Odessa du directeur est plus que sympathique. Nous arrivons en dernière semaine du printemps français d'Odessa. Il nous informe de l'ouverture d'une école française privée à la rentrée dernière. 35 bambins y apprennent désormais la langue de Molière dès le plus jeune age. L'accueil est aussi sympathique dans l'école n°10. Madame le censeur a la gentillesse de nous faire visiter cette école publique spécialisée dans l'enseignement du français. Elle va du primaire au lycée.

Ville surprenante, latine, elle ne peut renier ses pères. Russophone elle a connu son apogée plus du temps de la sainte Russie que de l'Union Soviétique. Elle vit, aujourd'hui encore, grâce à son port et reste privilégiée dans une Ukraine en pleine crise. A titre d'exemple, le taux de change, en une semaine est passé de 1€ pour 15uah à 1€ pour 18uah !

L'Union Soviétique est dissoute depuis plus de 20 ans. Naïvement je pensais retrouver peu de traces du communisme. Avec ses 100 millions de victimes, au coté du nazisme, il a été l'un des drames majeurs du siècle dernier. Les soulèvements de Prague, Budapest, Varsovie et leurs répressions, les famines, les camps en Sibérie... une fois le mur tombé, je croyais que les populations s’étant débarrasser du parti unique, avaient gommé les traces de ce passé sanglant. A ma grande surprise il n'en est rien, au contraire. Non seulement dans l'école n°10, un musée abrite les symboles du triomphe de l'URSS, mais en ville, dans les campagnes, les statuts et monuments à la gloire de Lenine, Staline et de l'armée rouge restent les principales traces de l'histoire du pays.

Dans ces deux réalités, la crise économique et la nostalgie de la "grandeur" soviétique, se trouvent les explications de la situation actuelle.

Chacun admet que la population est partagée en deux :

- D'un coté, les pro-russes s'appuient sur l'histoire, celle de la Russie Impériale et de l'Union Soviétique, pour sortir du chaos par un rattachement à la Russie.

- De l'autre, l'on voit dans l'Europe et les Etats-Unis la seule barrière pour éviter un retour en arrière et une nouvelle dissolution dans un nouvel empire russe.

En faisant trois fois la même course en taxi, le prix demandé est allé de 1 à 5. La police est connue pour racketer les touristes ! Les constructions modernes côtoient sans complexe de vieux bâtiments. Leurs entretiens ne semblent pas plus préoccuper la population que le service des touristes et la maîtrise des langues étrangères que nous avons constaté dans la plupart des établissements que nous avons fréquenté. La ville, dont le patrimoine touristique saute aux yeux, et le pays, sont victimes d'une corruption qui avec la nostalgie soviétique sont les deux plaies de l'Ukraine.

Se débarrassant des deux les ukrainiens n'auraient besoin, ni des occidentaux, ni des russes, pour sortir du chaos économique dans lequel se trouve le pays.

Nul doute que russes et occidentaux prendraient alors le même plaisir à déambuler dans les rues d'une ville, conçue par un duc de Richelieu et voulue par Catherine II. J'ai pu trotter à cheval sur l'avenue Deribasovskaya, entre l'Opera et la Cathédrale de la Sainte-transfiguration. Quel plaisir !

L'Ukraine, point de rencontre commercial et culturel de l'Europe et de la Russie, devrait tirer le plus grand profit de sa situation géographique. Faut-il que ses deux voisins et elle même, un jour, le veuillent vraiment !